Les anathèmes du XIV siècles sont-ils toujours actuels ?

Les anathèmes du XIV siècles sont-ils toujours actuels ? est un document fascinant sur les différences entre catholiques et protestants … il s’agit du fruit d’un travail de collaboration et de dialogue entre catholiques et protestants (luthériens et réformés). Ce travail avait été initié suite à une rencontre de Jean Paul II avec des protestants en Allemagne en 1980 au cours de laquelle il avait été interpellé par l’évêque luthérien de Hambourg, Eduard Lose, sur « la nécessité pressante d’une amélioration de la coexistence œcuménique en ce qui concerne les célébrations dominicales, la communion eucharistique et les mariages mixtes. » (Anathèmes, p.16) Rapidement, on identifia les anathèmes prononcés au XVIème siècle comme frein au témoignage commun des églises, comme l’expliquent l’évêque Lose et le Cardinal Ratzinger dans la lettre qu’ils adressèrent au groupe de travail :

Il est apparu une fois de plus qu’au témoignage commun s’opposent des jugements qu’au XVIème siècle les Eglises ont portés les unes à l’égard des autres. […] De l’avis général ce qui est convenu d’appeler « anathèmes » n’atteignent plus le partenaire d’aujourd’hui. Mais ceci ne doit pas rester une simple conviction privée ; mais doit être établi par les Eglises d’une manière qui fasse autorité.(Anathèmes, p. 18)

L’objectif de ce groupe de travail était donc de réfléchir posément à ce qui nous séparait, en passant en revue les condamnations réciproques prononcées au XIVème siècle, et en essayant de déterminer dans quelle mesure ces condamnations adressaient réellement la position doctrinale adverse.

Et le résultat – étonnant, à première vue  – est que ces condamnations étaient le plus souvent dirigées contre des mécompréhensions de l’autre, et non contre sa position doctrinale réelle ni la façon dont la foi était vécue en pratique au quotidien dans nos églises aujourd’hui.

De fait, en en particulier sur la question du salut, nous sommes plus proches que ce qu’il paraissait au premier abord, de sorte qu’un document intitulé Déclaration Conjointe sur la Doctrine de la Justification de la Fédération Luthérienne Mondiale et de l’Eglise Catholique a pu voir le jour.  Ce document, disponible notamment sur le site du Vatican, explique :

Les interprétations et applications contradictoires du message biblique de la justification ont été au XVIe siècle une raison principale de la division de l’Eglise occidentale ; les condamnations doctrinales en témoignent. De ce fait, une compréhension commune de la justification est fondamentale et indispensable pour surmonter la division des Eglises. La réception des données des sciences bibliques, de l’histoire de la théologie et de l’histoire des dogmes a permis de parvenir, dans le dialogue œcuménique depuis le deuxième Concile du Vatican, à un rapprochement significatif à propos de la doctrine de la justification. Ce rapprochement permet de formuler dans cette déclaration commune un consensus sur des vérités fondamentales de la doctrine de la justification à la lumière duquel les condamnations doctrinales correspondantes du XVIe siècle ne concernent plus aujourd’hui le partenaire.

L’écoute commune de la Bonne Nouvelle proclamée dans l’Ecriture Sainte ainsi que les dialogues théologiques de ces dernières années entre les Eglises luthériennes et l’Eglise catholique romaine ont conduit à une approche commune de la conception de la justification. Tout cela comporte un consensus dans des vérités fondamentales ; les divers éclaircissements concernant des arguments particuliers sont compatibles avec ce consensus.(cf. la Déclaration Conjointe sur la Doctrine de la Justification, 13 & 14 )

La beauté de la démarche : l’énoncé de ces réflexions dans la tension théologique qui existe entre protestants et catholiques et dans le consensus qui se dégage permet de mieux comprendre non seulement nos frères séparés, mais aussi notre propre foi.

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