Le célibat consacré est-il biblique ?

10778263576_01e942ed28_oObjection : Pourquoi forcez-vous les prêtres à rester célibataires ? Paul ordonne que les prebyteros/anciens soient « mari d’une seule femme. » (Tt 1, 6, cf. aussi 1 Tm 3, 2), et enseigne que ceux qui « empêchent les gens de se marier » prêchent une « doctrine démoniaque » (1 Tm 4, 1-5)

Réponse : La règle du célibat des prêtres est une discipline que l’Église demande à ceux qui veulent devenir prêtres. Jésus n’a pas ordonné l’obligation de célibat des prêtres. Mais en donnant à l’Église le pouvoir de lier et de délier (Mt 16, 19 ; Mt 18, 18) lui a confié l’autorité d’imposer certaines règles, lesquelles peuvent varier avec les circonstances, au cours du temps et dans l’espace : l’interdiction de manger de la viande le vendredi s’est assouplie, le latin a cessé d’être obligatoire dans la liturgie. De même, les prêtres n’ont pas toujours été célibataires, certaines églises orientales en union avec Rome comportent encore aujourd’hui des prêtres mariés.[1]

Ainsi le fait que, par exemple, Pierre avait une belle-mère (et donc une femme) ne contredit pas le célibat des prêtres, et il en va de même de la recommandation de Paul à Tite de choisir des hommes « maris d’une seule femme ».[2]

De même le passage de Timothée[3] ne s’oppose pas à la discipline de célibat, dans la mesure où l’Église n’impose le sacerdoce – et donc le célibat – à personne. Ceux qui s’engagent dans la prêtrise le font en connaissance de cause, et une foule d’opportunités existe pour ceux qui souhaitent servir l’Église tout en étant mariés.

Et ils le font parce que l’exigence de célibat s’appuie sur des solides bases bibliques, au point où on serait en droit de s’étonner du peu de place réservé au célibat consacré dans – par exemple – les églises évangéliques. Jésus était célibataire. Il explique pourquoi :

Ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, mieux vaut ne pas se marier. » Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Il y a des gens qui ne se marient pas car, de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 10-12)

Qu’est-ce qu’être « eunuque pour le Royaume » pour utiliser la terminologie plus littérale[4] ? Le terme eunouchos (nous dit le lexique Strongs) peut désigner un homme émasculé ou qui a une incapacité naturelle pour le mariage, mais aussi celui qui s’abstient volontairement du mariage.

Paul – qui lui aussi était célibataire – explique plus longuement :

Je voudrais bien que tout le monde soit comme moi-même […] À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je déclare qu’il est bon pour eux de rester comme je suis. Je pense que le célibat est une chose bonne, étant donné les nécessités présentes ; oui, c’est une chose bonne de vivre ainsi. J’aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur.

Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde, il cherche comment plaire à sa femme, et il se trouve divisé. La femme sans mari, ou celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sanctifiée dans son corps et son esprit. Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde, elle cherche comment plaire à son mari. […] Ainsi, celui qui se marie fait bien, et celui qui ne se marie pas fera mieux encore. (1 Co 7 versets 7,8, 28,32-34 & 38)

Paul ne dénigre pas le mariage, mais il enseigne qu’il existe un état de vie supérieur. En somme, le célibat consacré est profondément biblique.

Mais il est aussi scandaleux, au sens où l’est la croix, c’est-à-dire une intrusion de la folie de la sagesse de Dieu dans le monde visible. Je comprends que le célibat pose question, puisque c’est aussi son rôle : il est eschatologique, au sens où il annonce ostensiblement le Royaume à venir, où « on ne prend ni femme ni mari » car nous serons rendus semblable aux anges (Mt 22, 30).

[1] L’Eglise a donc le pouvoir (légal) de dispenser un homme de son voeu de célibat. Il reste alors marqué par le sacrement de l’ordre mais n’exerce plus son ministère (il peut encore absoudre en cas de danger de mort, cf. le canon 976) . Aussi triste que soit le fait de voir quelqu’un quitter le ministère, il ne s’agit pas en soi d’un péché – puisque l’Eglise (plus précisément, le Pape, cf. le canon 291) accorde cette possibilité  à titre gracieux.

[2] Sans compter que cette recommandation, dans sa formulation, semble être plus un refus de la polygamie que le célibat. Sinon Paul aurait dit de manière plus fluide : « choisis des hommes mariés ».

[3] « L’Esprit dit clairement qu’aux derniers temps certains abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits trompeurs, à des doctrines démoniaques ; ils seront égarés par le double jeu des menteurs dont la conscience est marquée au fer rouge ; ces derniers empêchent les gens de se marier, ils disent de s’abstenir d’aliments, créés pourtant par Dieu pour être consommés dans l’action de grâce par ceux qui sont croyants et connaissent pleinement la vérité. Or tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n’est à rejeter si on le prend dans l’action de grâce, car alors, cela est sanctifié par la parole de Dieu et la prière. «  (1 Tm 4, 1-4)

[4] Utilisée à la fois dans la traduction Louis Segond et dans la Bible de Jérusalem.

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