La virginité perpétuelle de Marie

19105_609990585798567_1880301066213817424_nLes protestants croient comme les catholiques que Jésus a été conçu sans l’intervention d’un homme, de manière virginale. En revanche les catholiques croient également que la mère de Jésus est restée vierge après la naissance du Christ – la Virginité Perpétuelle de Marie. Pourquoi ?

Sur mon chemin vers l’Eglise Catholique je n’ai eu aucun mal à accepter ce qu’enseignait l’Eglise catholique sur le sujet.

En effet, je croyais (au sujet de la chasteté avant le mariage) que le l’acte sexuel n’était pas juste un acte charnel mais une union de l’être entier, qui tisse un lien spirituel entre l’homme et la femme. L’union sexuelle est profondément spirituelle – car elle participe à la fécondité divine. Elle est plus que physique, elle est totale, donc spirituelle – un acte de louange. C’est pourquoi la Bible utilise le verbe ‘connaître’ pour signifier l’acte sexuel : la proximité y dépasse le seul plan physique.

Quand j’ai considéré le cas de Marie, de Joseph et du Saint Esprit, j’ai réalisé qu’à l’Incarnation est conçu une personne qui tient des deux côtés de la famille : il est vrai homme et vrai Dieu. Marie prenait part de manière intense à la fécondité divine. La Vierge et l’Esprit n’ont pas eu de relation sexuelle, mais ce qui a eu lieu a impliqué entièrement Marie, y compris sa sexualité. Marie n’a pas seulement donné son cœur à Dieu, elle lui a aussi donné son corps.

La conception du Christ a nécessité une intimité profonde entre le Saint Esprit et Marie et produit une intimité profonde entre Marie et Jésus. (Du coup voilà un autre raison pour expliquer l’Immaculée Conception : cette double intimité était impossible sans une pureté de cœur.)

Je me suis imaginé à la place de Joseph : je n’ai pas participé à cette première intimité ni à cette première naissance. Marie et son enfant m’ont été confiés par l’ange de Dieu. Et j’ai le choix : m’approcher de Marie ou garder intacte sa virginité.

Serait-ce un adultère de l’approcher ? Je n’en savais rien. Mais comment aurais-je pu osé m’aventurer là où seul le Fils de Dieu a habité ? Comment aurais-je pu procréer avec celle qui avait conçu sous l’action du Saint Esprit ? Indéniablement, il m’aurait fallu recevoir un ordre de Dieu et la Bible n’en mentionne pas. C’est peut-être pour cela, me disais-je, que l’Eglise catholique disait de Marie qu’elle était l’épouse du Saint Esprit.

Mais que dit la Bible au sujet de la virginité de Marie ?

Quand j’étais fiancé à Delphine – maintenant mon épouse – j’essayais d’imaginer mon comportement dans la situation de Marie et Joseph. J’imaginais comment nous réagirions si un ange apparaissait et nous annonçait que Delphine allait avoir un enfant.

Sa première réaction, la connaissant, serait : « Ah…Cool ! Et …? » – un peu inquiète, peut-être, de voir apparaître cet ange de nulle part, mais sans que son message ne la trouble outre mesure. À l’approche de notre mariage, il n’y avait que très peu de raison de s’étonner du fait qu’un jour nous aurions des enfants – au contraire, c’était un peu le but.

Pourtant Marie s’étonnait : « Comment cela peut-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » Elle savait comment faire des enfants, mais à la veille de se marier – et étant donc dans des conditions parfaites pour un jour devenir mère – elle s’étonnait que l’ange lui annonçât un futur enfant.

Qu’Elisabeth, sa cousine, s’étonne de devenir mère n’avait rien de surprenant : elle était vielle et stérile. L’étonnement de Marie serait incompréhensible si elle avait eu l’intention de ‘connaître un homme’ peu de temps après.

Comment l’expliquer ? Une interprétation courante était que Marie avait l’intention de rester vierge – qu’elle en avait fait le vœu.

J’avais entendu néanmoins quelques objections, émanant de protestants, contre la virginité perpétuelle de Marie.

Les objections contre la virginité perpétuelle de Marie

Une de ces objections souligne le fait que les Evangiles parlent des frères de Jésus. Par exemple : « Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler. »[1]

Le mot grec utilisé ici pour ‘frère’ était adelphos. Ce terme signifie frère, mais l’araméen n’a pas de mot pour ‘cousin’, il utilise frère (ah). La Septante, traduction grecque de l’Ancien Testament, suivait cet usage et utilisait frère (adelphos) même quand cousin (anepsios) était plus approprié. Par exemple :

  • Lot est décrit comme ‘frère’ d’Abraham[2] mais Lot est le fils du frère décédé[3] donc Lot est le neveu d’Abraham.
  • Jacob est appelé ‘frère’ de son oncle Laban.[4]
  • Cis et Eleasar étaient fils de Moholi ; Cis avait des fils, et Eleasar n’avait que des filles, qui ont épousé leurs ‘frères’, les fils de Cis, en réalité leurs cousins.[5]

Qui étaient les frères de Jésus ? L’évangile disait : « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? »[6] Les ‘frères’ de Jésus sont Jacques, Joseph, Jude et Simon.

La Bible disait encore : « Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin [la Croix :] Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. »[7]

Marie, la mère de Jésus, se trouvait à la croix avec Jean l’évangéliste. Donc Marie, la mère de Jacques et de Jean, n’était pas la mère de Jésus (de surcroît elle aurait été désignée comme telle). Jacques et Jean ne sont donc pas les frères (au sens usuel) de Jésus. Sont-ils cousins ? La Bible ne nous le dit pas.

L’existence des ‘frères’ de Jésus ne contredisait pas la virginité perpétuelle de Marie.

En revanche la Bible nous dit que Joseph ne connut point Marie jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils. (Matthier 1,25) L’aurait-il connue après la naissance de Jésus ?

2 Samuel 6,23 dit : « Micah, fille de Saül, n’eut point d’enfants jusqu’au jour de sa mort. » Micah aurait-elle enfanté après sa mort ?

1 Timothée 3,15 dit « Jusqu’à ce que je vienne, applique-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement. » Timothée devait-il délaisser la lecture, la prière et l’exhortation à l’arrivée de Paul ?

1 Corinthiens 15,25 dit « Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds. » S’arrêtera-t-il de régner quand il a mis ses ennemis sous ses pieds ?

‘Jusqu’à ce que’ ne signifiait visiblement pas nécessairement un changement de situation.  Donc le fait que Jospeh ‘ne connut pas Marie’ jusqu’à la naissance de Jésus n’excluait pas la virginité perpétuelle de Marie.

En revanche Luc 2,7 dit : « Elle enfanta son fils premier-né ». Surement que Jésus soit désigné comme étant le premier né devait signifier que Marie avait eu d’autres enfants ?

Non.

Il suffisait de lire quelques lignes plus loin dans Luc 2,23 : « …suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur [8]… »

Toutes les prescriptions de l’Ancien Testament concernant le premier né ne s’appliqueraient-elles qu’après la naissance du second ? Non : Marie se rendit au temple pour accomplir les commandements de la loi, avant d’attendre d’être de nouveau enceinte. Même un enfant unique est premier né. Quand l’ange du Seigneur décima tous les premiers-nés d’Egypte, épargna-t-il les enfants uniques ?

La Bible ne permet pas de démontrer que Marie a eu des enfants autres que Jésus.

Il me semblait néanmoins difficile d’en conclure que Marie avait fait vœu d’abstinence avant l’apparition de l’ange.

En effet Marie était fiancée à Joseph, mais si elle n’avait pas l’intention d’avoir d’enfants, le mariage aurait été invalide aux yeux de la foi catholique. Que signifiait donc sa parole à l’ange « Comment cela peut-il être, puisque je ne connais pas d’homme ? »

 

Un vœu exaucé

Une solution a été proposée récemment pour expliquer les paroles de Marie. Elle voit dans les paroles de Marie un artifice littéraire de Luc pour introduire l’annonce de la conception virginale. John McHugh (C) explique :

Tout le problème est de déterminer la portée de la clause ‘puisque je ne connais pas d’homme.’

Interpréter cette clause comme signifiant ‘puisque je suis à présent vierge’ est inadéquat, puisque la précision claire de cette lecture n’est obtenue qu’en interpolant dans le texte une phrase qui ne s’y trouve pas. Le sens est clair, mais ce n’est pas ce que Luc dit réellement. Luc aurait précisé ‘puisque je ne connais pas encore d’homme’. […]

Par contre ces mots n’excluent pas la consommation du mariage à une date ultérieure. Tout comme ‘Je ne fume pas’ est une proposition différente de ‘Je ne fumerai jamais’, de même ‘Je ne connais pas d’homme’ n’est pas l’équivalent logique de ‘Je ne connaîtrais pas d’homme’. […]

Si les mots de Marie sont plus qu’une affirmation de sa virginité présente, et moins qu’une proposition d’une virginité perpétuelle, qu’impliquent-ils exactement ?

Je suggère que Luc 1,34 utilise le présent avec la force d’un futur. […] La grammaire classique de Blas et Debrunner affirme ‘en se prononçant avec certitude au sujet de l’avenir, un présent vif et réaliste peut être utilisé’. […] Ainsi la traduction plus fidèle de Luc 1,34 serait ‘Comment cela pourrait-il être, puisque je ne connaîtrais pas d’homme ?’

Marie était fiancée, et normalement toute fiancée considère la consommation du mariage comme étant probable dans un futur proche. […] Les mots attribués à Marie sont si absolus […] qu’ils présentent Marie, bien que fiancée, comme quelqu’un qui ne considère pas la consommation du mariage comme étant imminente ou probable. Pourquoi Luc, après avoir précisé qu’elle était vierge, et fiancée, met-il de tels mots sur ses lèvres ? Il semble n’y avoir qu’une seule explication. Quand Luc a composé ce dialogue quelques soixante -dix ans après la naissance de Jésus, il a du écrire ces mots parce qu’il croyait que Marie avait été destinée à rester vierge à jamais, i.e. parce qu’il croyait que Marie était en effet restée vierge toute sa vie, avant et après la naissance de Jésus. En somme, les paroles mises sur les lèvres de Marie sont une affirmation formelle et définitive après l’événement, de la virginité perpétuelle de Marie.[9]

Cette lecture du texte me semblait juste. Cette interprétation permettait d’éviter les difficultés inhérentes à un vœu d’abstinence tout en préservant la valeur théologique d’un tel vœu. Le mariage restait valide, et avait un sens qu’il n’aurait pas eu si Marie s’y était engagée sans l’intention de le consommer.

Par ailleurs – affirmait John McHugh – il était en pratique difficile de défendre un vœu antérieur à l’Annonciation sans dénigrer le mariage. Dire qu’avant l’Incarnation Marie avait totalement renoncé à la sexualité pouvait donner l’impression que l’acte sexuel était désagréable aux yeux de Dieu et que l’abstinence lui était préférable, quel qu’en soit le motif. La virginité ne prenait son sens que dans l’offrande à Dieu de la sexualité comme une chose précieuse. Une abstinence qui aurait été refus de la sexualité était une insulte au Créateur.

Par ailleurs la théologie chrétienne du mariage restait sauve. La sainteté de l’union physique entre homme et femme était proclamée. La Parole avait choisi de naître d’une femme ayant l’intention de servir Dieu dans le mariage, celle qui a été conçue sans péché s’est fiancée à Joseph avec l’intention de vivre une sexualité normale.

Marie et Joseph devinrent dès lors pour moi des modèles non seulement de la vie consacrée dans la virginité, mais également du couple

[1] Marc 3,31

[2] Genèse 14,14

[3] Genèse 11,26-28

[4] cf. Genèse 29,15

[5] cf. 1 Chroniques 23,21-22

[6] Marc 6,3 voir aussi Matthieu 13,55-56

[7] Matthieu 27,55-56 voir aussi Marc 15,40

[8] cf. Exode 13,2 & 12

[9] John McHugh, The Mother of Jesus in the New Testament, p. 194-196

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