Apprendre à aimer

IMG_2363[Dans la série archéologie de vieux écrits, voici un papier que j’avais écrit pour Il est Vivant voici sept ans. ]

Aujourd’hui nous fêtons (enfin les commerçants fêtent, l’Eglise un peu moins :P) un martyr de la fin du IIIème siècle, dont nous ne savons rien ou presque. Ainsi, depuis 1969 il n’est plus fêté dans le calendrier universel mais seulement de manière locale. Au XIVième siècle la légende voulait qu’à son jour de fête les oiseaux choisissent leur partenaire. C’est pourquoi il a été associé, sans raison plus intelligente ni spirituelle, aux amoureux. J’ai nommé… Saint Valentin.

Ah l’amour… Quand j’étais ado, j’adorais ce sentiment d’être amoureux. Ce coeur qui battait plus vite. M’a-t-elle vu ? Pense-t-elle à moi ? Serait-ce elle ? Dois-je lui dire ? C’était enivrant. Mais était-ce vraiment l’amour ?

Et au gré de mes longues balades en vélo – en solitaire – dans la campagne champenoise où j’ai passé mon adolescence, j’ai élaboré une liste qui était aussi une prière. “Seigneur, je voudrais qu’elle soit…” Et j’ai réfléchi à ce qui était important pour moi dans une future épouse : Qu’elle ait une relation personelle forte avec Dieu. Qu’elle soit intélligente, et belle. Qu’elle danse bien. La liste était longue.

Autant de demandes aujourd’hui exaucées 🙂

Ma femme, elle, disait la prière de Bienheureux Frédéric Ozanam :

“Je sens en moi se faire un grand vide que ne remplissent ni l’amitié ni l’étude. J’ignore qui viendra le combler. Sera-ce Dieu, sera-ce une créature ? Si c’est une créature, je prie qu’elle ne se présente que quand je m’en serai rendu digne.

Je prie qu’elle apporte avec elle ce qu’il faudra de charme extérieur pour qu’elle ne laisse place à aucun regret ; mais je prie surtout qu’elle vienne avec une âme excellente, qu’elle apporte une grande vertu, qu’elle vaille beaucoup mieux que moi, qu’elle m’attire en haut, qu’elle ne me fasse pas descendre, qu’elle soit généreuse parce que souvent je suis lâche, qu’elle soit fervente parce que je suis tiède dans les choses de Dieu, qu’elle soit compatissante enfin, pour que je n’ai pas à rougir devant elle de mon infériorité.

Ne m’abandonnez pas, Seigneur, faites que je sois aimé ; Vous le savez, ce n’est pas seulement de la douceur que je cherche dans l’Amour, c’est le mépris de toute bassesse, c’est la force de combattre pour le Bien, pour le Vrai.”

Voilà un programme bien ambitieux !

Et si l’amour, plus que les vertiges du battement de coeur qui s’accélère, c’était cette force qui nous met debout ?

Parce que je vous promets que quand on a une migraine monstre, que la grande de 3 ans s’est réveillée 4 fois pendant la nuit, que la petite de 14 mois a ronflé comme si elle avait 74 ans, et qu’on n’arrive pas à se concentrer sur l’article qu’on essaie d’écrire, le vertige amoureux est étrangement absent. Surtout quand la chère et tendre – aussi belle soit-elle – est clouée au fond du lit et qu’il faut changer la couche de la petite…

Un sage retiré en Patagonie pour s’échapper du stress de la vie parisienne (et au fisc) prononça ces paroles : « Apprendre à aimer, aimer sans attendre / aimer à tout prendre /apprendre à sourire / rien que pour le geste / sans vouloir le reste / et apprendre à Vivre / Et s’en aller. »

C’est ça l’amour. Etre capable de donner sans en demander en retour. Une force qui vous met debout, qui fait mépriser la bassesse.

Rien de moins.

PS: Delphine, je t’aime 🙂

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