Un héros improbable

dadImaginez la banlieue la plus paisible de Londres. Rangées sur rangées de petits pavillons, alignés parfaitement, chacun assorti d’un petit lopin de terre qui dégorge de fleurs. Un couple d’ouvriers, lui était orphelin, vraisemblablement de la première guerre. Il a travaillé à la maintenance des avions de la RAF pendant la seconde guerre mondiale, puis dans l’imprimerie. Elle est restée à la maison, s’occuper de leurs deux enfants : Carol, l’aînée et Derek. Une vie bien rangée, sans remous ni histoire. Derek suit des études de statistiques, travaille ensuite à la municipalité de Londres. Il est discret, travailleur, méticuleux. Prudent, au point d’hésiter plusieurs semaines avant de s’acheter une fringue. Le stéréotype de l’anglais qui ne fait pas de bruit, ne dérange pas, reste patiemment en file pendant des heures. Et fondamentalement entier.

Et un jour c’est le drame : un ami l’invite à une “croisade” de l’évangéliste américain Billy Graham. Et là, contre toute attente, il est touché par la grâce. Il n’est pas ému par la ferveur, il n’est pas retourné par des élans lyriques. Non, ce qui le touche au cœur c’est une phrase simple : “Je ne vous promet pas que, comme chrétiens, votre vie sera plus facile. Au contraire, elle sera plus difficile et moins confortable.” Difficile de faire moins vendeur, mais c’est précisément l’impression qu’on n’essaie pas de l’embobiner qui le convainc. Alors il s’avance, il dit à Dieu “je me donne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira”. Et puis, toujours prudent, il ajouta “.. du moment que c’est en Grande Bretagne”.

Et il se met à vivre cette foi et cette relation à Dieu à sa manière : avec application et détermination. Et place sa vie entière sous le regard de cette question : “Seigneur, que veux tu que je fasse ?”.

C’est ainsi que le jour où une jeune femme, Wendy, retient son attention il ne fait pas une déclaration enflammée, il demande : “Accepterais-tu de demander à Dieu s’il veut qu’on se marie ?”. Ils ne se connaissent que peu, et accessoirement elle sortait avec un de ses amis. Mais après avoir prié elle a accepté sa proposition… et est retournée à Mont-de-Marsan où elle enseignait l’anglais, peu ou prou jusqu’au mariage qui eut lieu en Grande Bretagne.

Et puis ils repartent ensemble vers la France, qu’ils ont à cœur d’évangéliser, travaillant tous deux comme bénévoles pour Jeunesse en Mission. Il lui avait demandé, au moment du mariage, si elle accepterait – si telle était la volonté de Dieu – de ne pas avoir d’enfants. Elle n’aurait peut être pas donné un oui aussi assuré si elle avait su qu’ils allaient en avoir 6.

La suite est riche de rebondissements et de folie pour Dieu. Ils voyagent, vivent en Suisse, en Angleterre, au Canada, en France. Vivre de la providence requiert un abandon certain, mois après mois.. et aussi parfois de ne manger que des flocons d’avoine. Chaque dépense est l’occasion de prier, de chercher la volonté de Dieu. Et quand l’argent tarit, la famille se réunit pour demander l’aide du ciel.  Et le jour où Derek sent que Dieu l’appelle à acheter une maison, il se lance. Il n’a pas le moindre revenu, et alors ? Les portes s’ouvrent comme par enchantement, le dossier se construit sous ses yeux ébahis. Banquiers et agents immobiliers se démènent pour rendre possible l’impossible. Et lui qui tergiverse trois semaines avant d’acheter un pull n’a besoin que d’une nuit pour décider de signer le compromis de vente. Et sa femme et ses enfants ont du mal à savoir ce qui est le plus incroyable : que la providence ait tout pourvu ou qu’il se soit décidé aussi rapidement.

Wendy, sa femme, est passionnée d’évangélisation. Elle décide de porter secours aux chrétiens en URSS qui ne peuvent vivre librement leur foi, et part trois semaines, emportant des bibles cachées dans une valise. Derek soutient son projet, alors qu’elle est enceinte de leur troisième enfant, qui héritera du coup d’un deuxième prénom slave en souvenir d’une chrétienne russe.

Le grand amour de Derek : la Bible. Il s’y plonge avec délectation, commence en France une école d’Etudes Bibliques au sein de Jeunesse en Mission. Il aide à fonder ensuite une église à Sezanne, dans la Marne. Mais malgré une vie au service de Dieu il se donne comme principe fondamental de respecter un ordre de priorités bien précis :

  1. Dieu
  2. Le couple, la famille
  3. Le travail pour Dieu

C’est ainsi que le dimanche après midi est un rendez-vous familial incontournable, immuable et non-négociable.Un soir est réservé pour les enfants les plus âgés, un autre pour les plus jeunes, encore un autre pour le couple.

Il n’a pas laissé un seul sou en héritage, mon père, quand il est mort il y a 8 ans de ça, un 30 janvier 2006. Mais il nous a légué tellement mieux. Il nous a mis debout. Il nous a donné le goût de l’absolu.Et quand à cette occasion nous nous sommes réunis, ma mère, les 6 enfants, nos épouses, nos enfants, nous avons pleuré. Mais nous avons aussi beaucoup ri. Nous avons prié notre peine de l’avoir perdu, et nous avons chanté et dansé notre joie d’avoir eu un tel père, et de savoir qu’un jour, nous le retrouverons.

Comments

  1. Christiane Lisabe

    Il a été le responsable de mon école de disciple et m’a beaucoup marqué. Je suis toujours dans la mission grâce à des hommes comme Derek. Merci pour la publication.

  2. De Carvalho, Vasco

    La force tranquille et la solidité dans la foi de Derek, que j’ai eu le privilège de croiser, à influencé, et continue a être un point de référence, dans ma vie. Merci

  3. Joanne Odin

    My fondest memory was being in maternity ward after giving birth to Jeremy, my first when Wendy was in labour in the next room having Esther. And there was Derek unperturbed reading his Bible next to her.

Leave a Reply